Un peu d’Histoire

Pour tout vous dire, on ne savait pas trop comment vous faire partager notre expérience au S21 et aux Killing Fields. On a finalement décidé d’en faire un article à part, même si globalement toutes les informations possibles et imaginables se trouvent déjà sur internet, on ne pouvait pas se contenter de quelques mots pour vous parlez d’une des plus grandes tragédies du XXe siècle. On a aussi décidé de vous parler de notre ressenti sur ce que l’on a appris et de ne pas vous faire un cours magistral sur l’Histoire Cambodgienne (ce dont on est incapable).

Les Khmers Rouges, Pol Pot en tête avait très envie de créer un état communiste parfait et ont décidé que rien ni personne ne se mettrait en travers de leur chemin.

Comparés aux autres « grands génocides » du siècle dernier, celui là se démarque par le fait que des Cambodgiens ont massacré d’autres Cambodgiens. Il n’était pas là question de religion ou d’ethnies mais de la paranoïa d’un chef qui craignait l’apparition d’opposants à son régime idéalisé.

Entre le 17 avril 1975 et 9 janvier 1979, près de 20% de la population cambodgienne a été assassinée par le régime Angkar, soit environ 2 millions de personnes.

L’Angkar (le nom du régime) force très rapidement les habitants des villes à rejoindre les campagnes pour y travailler dans les plantations de riz sur le principe de la collectivisation. L’ensemble des citadins est déporté, les hôpitaux sont vidés de leurs patients et une grande partie meurt sur le trajet à cause des conditions difficiles. Une fois arrivé à leur nouveau poste, ils travaillent donc dans des conditions abominables, proches de l’esclavage, avec des objectifs de production triplés par l’Angkar. Le pays s’est transformé en immense camp de travail forcé pendant près de 4 ans.

La production n’est cependant pas suffisante (et probablement impossible à atteindre), les responsables des fermes collectives, terrorisés d’être arrêtés pour ces manquements, envoient donc la quasi totalité du riz au régime et affame les travailleurs. La famine est terrible et fait beaucoup de victimes elle aussi.

D’autre part, l’Angkar se persuade que des espions de la CIA et du KGB se cachent parmi les intellectuels du pays, comprenez : les gens éduqués, les professeurs, les médecins mais aussi les gens portant des lunettes ou parlant une langue étrangère.

Ils sont systématiquement arrêtés, envoyé dans des camps de tortures (comme le S21) puis exécutés, très souvent avec leur famille. Pol Pot applique une politique du « pas de survivant, pas d’envie de revanche ».

On ne va pas rentrer dans le détail des tortures ni des exécutions, sachez seulement que les charniers de Choeunk Ek on trouve une tombe commune dédiée aux femmes et aux enfants et que les balles étant trop chères, les armes à feu n’étaient pas utilisées pour les exécutions.

Ce régime a pris fin avec l’arrivée des Vietnamiens qui ont ensuite découvert l’ampleur des atrocités commises par le régime de Pol Pot pendant que celui ci se cachait dans la jungle.

Après avoir été poussé à la clandestinité, l’armée Khmers Rouges n’a pas cessé d’exister et à tenter de lutter depuis la campagne cambodgienne et thaïlandaise jusqu’à sa capitulation définitive en 1997 et la condamnation à la prison à vie de Pol Pot (qui meurt en 1998, gravement malade).

La communauté internationale a été un peu longue à la détente pour juger ces crimes contre l’Humanité. Les procès des principaux acteurs encore vivants, c’est à dire, pas assassiné par l’Angkar pour des suspicions de trahison ou pas trop vieux (ou pas morts) se sont tenus en 2003.

En 2013, le Cambodge a adopté une loi qui puni d’une peine de prison tout personne qui ne reconnait pas, nie ou minimise les crimes des Khmers Rouges.

On comprend la difficulté du pays à rattraper ses voisins vietnamiens et thaïlandais en terme de développement quand toute une génération d’intellectuels a été tout simplement éradiquée et que la suivante est profondément marquée par ces événements.

Pourquoi on vous raconte tout ça ? Parce qu’aujourd’hui nous sommes le 14 décembre 2018 et qu’on fête les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et que malheureusement le minuscule cours d’Histoire que nous venons de vous faire nous rappelle que de nombreux génocides ont encore lieu aujourd’hui.

Les crimes perpétrés par les Khmers Rouges sont très récents, nos parents respectifs étaient adolescents ou jeunes adultes et on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la situation humanitaire telle qu’elle est en 2018. Nous sommes nous même de jeunes adultes et on se demande un peu comment l’Histoire nous jugera, nous les Occidentaux, pour avoir laissé des milliers de gens se noyer en Méditerranée ou mourir de faim au Yemen.

Un commentaire sur “Un peu d’Histoire

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  1. Voilà pourquoi j ai eu dans ma classe , il y a une vingtaine d années plein de petits Sary, Saroeun, Pilone, Sacrine et de petites Sonnang, Chanty, Sophoinarie, Chasereroeuth. (transcription approxiative des prénoms cambodgiens ): leurs parents ont fui le régime khmer.
    Terrible histoire!
    Bises

    J'aime

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